Pour l'amour de Pete

Roman gay inédit

Chapitre 1

Pete avait un an de plus que moi, mais nous étions dans la même classe. De taille et de carrure moyennes, il était plutôt mignon. Toutes les filles l’avaient déjà remarqué. Il était plus populaire que moi, comme il jouait dans l’équipe de football américain et dans l’équipe de basket du collège.

Son père, Joe, faisait partie de la brigade des pompiers de la ville où nous habitions. Tout le monde le connaissait. Agé d’une quarantaine d’années, il avait toujours une apparence juvénile, et se maintenait en forme. Légèrement grisonnant sur les tempes, il avait les cheveux courts et le visage buriné. Il cultivait son image d’homme viril à travers son goût affirmé pour les voitures, la chasse et la pêche. Les considérations intellectuelles n’étaient pas son fort.

La mère de Pete était une femme au foyer. Brenda venait de fêter ses quarante ans et possédait tous les attributs de la femme parfaite. Blonde avec un beau visage, elle s’habillait avec soin, même pour faire le ménage. Pete l’avait interrogée à ce sujet, et elle lui avait répondu que c’était pour rester séduisante aux yeux de son père. J’avais le sentiment que je ne lui plaisais pas, mais elle laissait le soin à Pete de choisir ses propres amis.

A tous points de vue, la famille de Pete semblait idéale. Un père connu et respecté de tous, une mère dévouée, un enfant beau et intelligent. Je découvris plus tard que le tableau n’était pas aussi idyllique qu’il y paraissait.

Je ne sais plus comment Pete et moi devînmes amis, mais nous finîmes par passer beaucoup de temps ensemble. A la fin de l’année de 6ème, nous étions devenus inséparables, ayant plusieurs cours en commun. Nous étions toujours assis l’un à côté de l’autre, du moins jusqu’à ce que les profs nous séparent. Nous mangions ensemble le midi, et faisions partie des mêmes équipes en sport quand c’était possible. Nous passions tous nos week-ends ensemble, une fois chez lui, une fois chez moi.

Nous passions ces week-ends dans les bois, à jouer à la guerre et à d’autres jeux idiots. Nous faisions des batailles de pommes de pin (c’est un jeu formidable jusqu’à ce que quelqu’un perde un œil), attrapions des têtards ou des grenouilles, aiguisions des branches pour en faire des couteaux, faisions ce que font les garçons de notre âge. Nous parlions de filles et de sexe, et cela nous excitait terriblement. Je me rends compte maintenant que c’est parce que c’était lui qui me parlait de sexe que j’étais excité, et non à cause des filles dont nous parlions. C’était des fantasmes bien innocents. Je ne sais pas pour lui, mais je pensais déjà quasiment exclusivement aux garçons à cette époque, cependant nos conversations comportaient toujours une fille. Parfois, je perdais le fil de la conversation, parce que je le contemplais et que j’admirais sa beauté. Je suis surpris qu’il n’ait jamais fait le rapprochement alors qu’il était obligé de se répéter si souvent.

Ni l’un, ni l’autre n’avions eu d’expérience sexuelle jusqu’alors.  Notre inspiration provenait d’histoires entendues dans les vestiaires ou rapportées dans le courrier des lecteurs de Penthouse. Voilà quelles étaient nos références. Nous utilisions toujours des termes vulgaires pour désigner l’anatomie féminine. Nous pensions que c’était ainsi que nous étions censés parler. Si nous ne mentionnions pas une fille, ou un garçon et une fille ensemble, nous pensions que nous serions catalogués « gay » ou « pédé ». Je crois que nous avions tous les deux peur de parler de ce que nous ressentions.

Pete avait un visage plaisant, qui attirait le regard, et des cheveux blond foncé. Sa peau avait un teint cuivré. C’était sa couleur naturelle, et pas l’effet du soleil (je le découvris plus tard quand je vis qu’il n’avait aucune marque de bronzage). Il avait commencé à prendre de la masse musculaire quand il avait rejoint l’équipe de football américain, environ un an avant que nous ne devenions amis, et il avait un corps parfait, ou du moins c’était mon avis. Il avait des abdominaux, des pectoraux et des biceps bien dessinés, des jambes superbes et des fesses à se damner. Et ce sourire ! Il était impossible de ne pas craquer pour lui.

Je m’appelle Brian. A cette époque, j’étais petit, maigrichon, et plutôt en retard côté muscles. Avec mes 1,52 mètres et mes 36 kilos, je crois que j’étais le plus petit de tous les élèves de 5ème. Cette injustice perdura jusqu’en seconde, année pendant laquelle j’eus mon pic de croissance. Mise à part ma taille, j’avais un physique dans la moyenne : des cheveux châtains qui poussaient raides dans toutes les directions (je les gardais toujours tondus pour cette raison), de nombreuses tâches de rousseur et des fossettes dans les joues. Parfois, quand je souriais, il me demandait quel était ce rayon de lumière qui illuminait mon visage. Quand il disait cela, je souriais encore davantage. C'était un jeu sans fin.

En janvier de notre année de 5ème, Pete se trouva une petite amie. Elle s’appelait Ashley. J’étais effondré. Il commença à passer plus de temps avec elle qu’avec moi. C’était prévisible, mais je ne savais pas comment occuper mon temps libre quand j’étais seul. Je tournais en rond et je m’ennuyais. Je me consacrais à la lecture et aux jeux vidéo, de manière à ne pas penser à Pete et à ma tristesse de ne pas être avec lui. Quand le début de la saison de base-ball arriva, je me présentai pour faire partie de l’équipe et fus sélectionné. Je m’entraînais dur pour devenir un bon joueur, mais c’était simplement un moyen de ne pas penser à lui. Nous en arrivâmes au point où nous cessâmes de nous fréquenter. Je le croisais dans les couloirs, et il me souriait en disant «Salut, Bri». Je détestais cette situation. Et je détestais Ashley encore davantage. Je ne la regardais même pas. Je faisais des détours pour ne pas les croiser dans les couloirs. La douleur était simplement trop grande. Finalement, j’arrêtai complètement de parler à Pete et il ne sembla même pas le remarquer.

Comme je l’ai dit plus tôt, j’étais un garçon intelligent, mais chétif. Je fus confronté très tôt à la violence de mes camarades de classe, surtout de la part de ceux qui avaient besoin de prouver quelque chose. Je fus poussé, battu, dénigré, ridiculisé, et j'en passe. Toutes ces brimades eurent un effet désastreux sur mon amour-propre, qui était proche de zéro. Je ne crois pas que l’on puisse avoir une pire image de soi. C’est pourquoi j’ai du mal, encore aujourd’hui, à croire que Pete m’ait choisi pour partager sa vie. Je ne mérite tout simplement pas d’être aimé par quelqu’un d’aussi exceptionnel.

Mes parents savaient que j’avais des difficultés à l’école, au point de m’envoyer voir un psy, qui s’avéra être particulièrement nul. Sinon, ils me laissaient à mon sort. Et c’est toujours le cas, pour ainsi dire. Nous n’avons pratiquement aucun contact. Ils m’ont plus ou moins abandonné sur le plan affectif. Mais c’est une autre histoire. Peut-être que je vous la raconterai quand j'aurai terminé celle-ci.

A la fin de la 5ème, Ashley et Pete se séparèrent. Je l’appris par des rumeurs. Pete ne semblait pas vouloir aborder le sujet, et je n’allais quand même pas demander à Ashley.

Un jour, environ une semaine avant la fin des cours, je croisai Pete dans le hall. Il avait les mains posées au-dessus de son casier et la tête à l’intérieur, comme s’il cherchait un livre coincé au fond.

– Salut, Pete.

Aucune réponse. Je crus qu’il ne m’avait pas entendu. Je me rapprochai et répétai ma salutation. Il me jeta un coup d’œil, puis détourna la tête, en s’essuyant les yeux du revers de la manche. Il se retourna et me sourit timidement, en me disant « Salut ». Je vis que ses joues étaient striées de larmes. Il devait pleurer depuis un moment, car ses yeux étaient gonflés.

Il ne fallut pas très longtemps pour que les sentiments que je ressentais pour lui avant son histoire avec Ashley ne remontent à la surface. Je fus pris d’une inquiétude soudaine. Je ne l’avais jamais vu pleurer, sauf quand il s’était cassé la clavicule l’année précédente, pendant un match de foot.

– Qu’est-ce qui t’arrive, Pete ? 

Il renifla bruyamment et s’essuya les yeux de nouveau. Il avait vraiment l’air malheureux. Il était d’habitude si joyeux qu'il en était pénible. Mais ce n’était pas ce Pete-là que j’avais devant moi.

– Rien, tout va bien.

Les larmes dans ses yeux et le tremblement de sa lèvre inférieure indiquaient le contraire. Je le regardai avec une préoccupation sincère et me rapprochai d’un pas.

– Tu es sûr ? Tu veux qu’on en parle ?

 Il acquiesça d’un air résigné.

– Après les cours, d’accord ?

C’était dans deux heures. Je fis non de la tête, pour lui faire comprendre que je voulais lui parler tout de suite.

– Nous allons être en retard en cours, dit-il en s’essuyant les yeux de nouveau.

Je ne savais pas comment réagir. Le fait de le voir souffrir me fendait le cœur.

– Eh, Jameson, pourquoi tu chiales ? Ta maman te manque ?

Génial, juste ce qu’il nous fallait. Brent Smith était la brute de service, et il était généralement accompagné de sa bande. Nous avions de la chance cette fois-ci, il était seul.

– Va te faire foutre, Brent, lui lançai-je.

Il me jeta un regard furieux et s'avança vers moi. Il m’attrapa et me jeta brutalement contre un casier. Il était deux fois plus lourd que moi et avait au moins une tête de plus. Je n’étais qu’un simple objet pour lui.

– Qu’est-ce que t’as dit ? Je crois que j’ai mal entendu…

Ses yeux se firent menaçants et il s’agrippa à ma chemise. Je lui lançai un regard vide, celui que je lançais à mes parents quand je me mettais en colère. Ce que je ne faisais jamais, du reste, parce que la colère n’était pas autorisée à la maison.

– C’est bien ce que je pensais. Si jamais tu t’avises de me parler comme ça la prochaine fois, dit-il, en me cognant contre le casier pour ponctuer ses menaces, je t'arracherai la tête et je te viderai de ton sang sur le parking en te tenant par les pieds.

Il me souleva par la chemise et me projeta une nouvelle fois contre les casiers. J'atterris sur une poignée de porte qui s'enfonça dans mon dos. Je grimaçai de douleur. J’allais avoir quelques bleus.

Pete finit par s’interposer :

– Laisse-le tranquille, Brent. Et va te faire foutre.

Brent se contenta de le regarder en ricanant.  Pete n’avait pas peur de Brent, et il le savait.

– Pleurnichard.

Sur ce, Brent s’éloigna et rejoignit sa bande dans le hall. Pete prit quelques livres dans son casier et referma la porte.

Pete et moi traversâmes le hall en direction de l’aile des sciences. Alors que nous passions devant Brent et ses acolytes, ils se mirent à ricaner. Pete les toisa du regard lorsque nous tournâmes au coin.

– Séchons les cours. Je ne crois pas que j’arriverai à tenir jusqu’à la fin de la journée.

Ses yeux étaient de nouveau humides et son visage s’était assombri. Je n’hésitai pas une seule seconde à le suivre. Il avait besoin de se confier à un ami, et je me devais d'être là pour lui. J’acquiesçai et nous sortîmes du bâtiment en direction du terrain de football.

En chemin, je profitai de notre tranquillité retrouvée.

– Alors, qu’est-ce qui t’arrive, Pete ?

Il se contenta de secouer la tête. Les larmes recommençaient à couler sur ses joues, et il reniflait davantage. Il fut secoué par un sanglot. C’était plus grave que je ne le pensais.

Nous marchâmes jusqu’aux gradins du stade dans un silence ponctué uniquement par ses reniflements, mais au lieu de monter nous asseoir, nous les contournâmes pour trouver un endroit tranquille. Pete jeta un regard aux alentours pour s’assurer que nous étions seuls. Il marcha jusqu’au mur de briques derrière les gradins et s’appuya dessus, la tête posée sur son bras. Je l’entendis pleurer doucement.

Je m’avançai vers lui et posai une main sur son épaule. Tout son corps tremblait nerveusement. Il s’adossa au mur et se laissa glisser au sol, s'enfouissant la tête dans les bras, les coudes posés sur les genoux. Ses pleurs étaient plus sonores à présent, je pouvais les entendre distinctement. Je m’agenouillai à côté de lui.

– Qu’est-ce qui se passe, Pete ? Parle-moi.

Je posai une main sur son genou, ce qui le fit sursauter. Je la retirai promptement. Ses épaules étaient toujours agitées de spasmes incontrôlables. Je me retournai et m’assis calmement à côté de lui, résolu à tirer les choses au clair.

Il continua à pleurer pendant encore quelques minutes, puis ses épaules se détendirent, et les tremblements s’estompèrent. Il essuya ses larmes et parla d'une voix si ténue que je dus tendre l’oreille pour l'entendre.

– Je sais que tu me détestes, voilà pourquoi.
– Je ne te déteste pas, l’interrompis-je. Pourquoi est-ce que je te détesterais ?
– Parce que tu m’évites !

La brutalité de sa réponse me surprit.

– A chaque fois que je te vois dans les couloirs, à la cantine ou dans la cour, tu t’enfuis ! Tu as changé de place en cours pour être aussi loin de moi que possible ! Tu ne m’appelles plus ! Qu’est-ce que je dois en déduire, putain ?

J’étais abasourdi. Tout ce qu’il disait était vrai. Je me sentais coupable. Le fait qu’il avait une petite amie n’aurait pas dû nous séparer. Il avait toujours besoin de moi, et je l’avais abandonné. Je commençais à sentir monter mes propres larmes, et ma gorge se noua. Génial. Encore un exemple de ma médiocrité en tant qu’ami.

– Je ne voulais pas faire ça ! J’étais jaloux d’Ashley. Je pensais que tu ne voulais plus être ami avec moi.

Ça y est, je ne pouvais plus contenir mes larmes. J’essayai vainement de les essuyer.

– Oh, Pete, je suis désolé ! Pardonne-moi ! Je veux que nous restions amis !

Je glissais rapidement sur la mauvaise pente. Encore un peu et j’allais me mettre à pleurer aussi. C’était bizarre de pouvoir pleurer devant lui, mais pas devant mes parents.

– S’il te plaît, Pete, ne m'en veux pas, le suppliai-je.

Je plongeai mon regard dans ses yeux bleus humides et m’y vis comme dans un miroir. J’enfouis la tête dans mes bras. Je méprisais ce que je voyais.

Je voyais une personne tellement égoïste qu’elle faisait souffrir ceux qu’elle aimait le plus. Mais à travers ces yeux, Pete voyait quelqu’un de complètement différent.

– Comment pourrais-je t'en vouloir ? Je t’aime.

Je relevai ma tête brusquement et le regardai d’un air incrédule. Avais-je bien entendu, ou était-ce mon imagination qui me jouait des tours ?

– Qu’est-ce que tu viens de dire ?

L’espoir me brûlait le cœur. Il fit un sourire timide. Mon Dieu, qu’il était beau avec ses yeux étincelants et ses joues striées de larmes. Il poussa un profond soupir.

– Tu m’as bien entendu. Tu es sûr que tu ne m'en veux pas ? Vraiment ?

J’acquiesçai silencieusement, de peur que ma voix ne me trahisse.

– J’espère que ce que je vais te dire n’y changera rien.

De nouveau, il soupira. Ses yeux étaient encore humides. Sa voix était assurée, cependant.

– Bri, j’ai eu une longue discussion avec ma mère hier soir. Nous avons surtout parlé d’Ashley et de moi. C’était sympa de sortir avec Ashley, mais après elle a voulu faire des trucs. Ce dont nous parlions à l’époque, tu te souviens ?

J’approuvai de la tête.

– Je pensais vouloir faire ces trucs aussi, poursuivit-il à mi-voix. Je suis allé chez elle le week-end dernier. Ses parents étaient sortis. Ils étaient partis à Walnut Creek, je crois. Bref, nous avions la maison pour nous. C’est à ce moment-là que j'ai compris son manège. Elle voulait passer aux choses sérieuses. Elle s’est frottée contre moi et  toutes sortes de choses…

Il fit une pause pour s’essuyer les yeux et me regarda. Il vit que j'étais suspendu à ses lèvres et soupira de nouveau.

– Ça ne m’a pas excité, Bri ! Rien ! Elle s’est même déshabillée, et tout ! J’avais trop honte et je suis parti. Je suis rentré chez moi à pied.

Je savais que cela faisait une trotte. Au moins huit kilomètres.

– Une fois à la maison, ma mère m’a demandé comment j’étais rentré, et je lui ai dit la vérité : que j’étais rentré à pied et que j’avais rompu avec Ashley. Elle m’a demandé pourquoi. J’étais tellement mal que j’ai lui ai tout raconté. Comme je lui faisais confiance, je lui ai dit que j’étais gay. Au début, j’ai cru qu’elle allait me hurler dessus, mais finalement elle est partie dans sa chambre en pleurant. Nous n’avons même pas discuté. Elle n’est pas ressortie.

Les larmes lui montèrent de nouveau aux yeux, mais il les ignora.

– Bri, je ne veux pas être gay !

Il se pencha vers moi et recommença à pleurer. Je fis de mon mieux pour l’entourer de mes bras et le serrer contre moi. Mon meilleur ami était gay. Il aimait les garçons, pas les filles. Cela voulait dire que j’étais gay aussi.

C’était la première fois que je me collais une étiquette et cela m’effraya. J’avais entendu ce que disaient les gens, et j’avais vu leurs réactions. A présent, tout cela prenait un sens nouveau, terrifiant. Je frissonnai d’effroi. Pete me prit dans ses bras et nous pleurâmes ensemble en nous réconfortant mutuellement. Quelques minutes plus tard, il me relâcha en me jetant un regard interrogatif.

– Pourquoi est-ce que tu pleures ?

Je le regardai pendant une seconde et détournai le regard, m’essuyant les yeux.

– Pete, tu as dit que tu m’aimais. De quelle façon m’aimes-tu ? Comme un ami, ou plus que ça ?

Il me regarda droit dans les yeux, son regard pénétrant mon âme. Son intensité ne faiblit pas une seule fois quand il me dit :

– Bri, je t’aime. Je voulais que tu sois plus qu’un ami. Je le voulais depuis longtemps. Mais ensuite je me suis rendu compte de ce que ça voulait dire. C’est pour cette raison que je suis sorti avec Ashley. Je ne voulais pas être gay.

Il détourna les yeux et fixa le sol. Un autre grand soupir et un reniflement.

– Mais je suis gay et je n’y peux rien. Je sais que tu risques de me détester et que tu ne voudras peut-être plus me voir, mais je dois te le dire, et je ne peux pas continuer à faire semblant. Je veux que tu sois mon petit ami, Brian. Je veux sortir avec toi.

Il donna un coup de pied dans le gravier sur lequel nous étions assis, faisant voler des cailloux. Je ne pouvais pas en croire mes oreilles. Il m’aimait. Il m’aimait, MOI ! Je ne comprenais pas pourquoi il m’avait choisi. Je le regardai en silence, étudiant son apparence. Ses cheveux étaient en bataille et ses yeux gonflés par les larmes. Son visage magnifique trahissait son inquiétude. Je le fixai pour ce qui sembla être une éternité. Il commençait à s’agiter nerveusement, mal à l’aise sous mon regard. Je crus qu’il allait se lever et partir en courant, et je mis une main sur son épaule pour le retenir. Il leva les yeux vers moi, la peur du rejet se lisant dans son regard.

– Pete, je ne veux pas être gay non plus.

Plusieurs émotions parcoururent son visage. La peur, l’incrédulité, le soulagement,  la joie, tout cela à quelques millisecondes d’intervalle. Je me tournai vers lui.

– Je t'aime depuis le début, mais j’étais trop stupide pour m’en apercevoir. Et si je dois être gay pour être avec toi, lui dis-je avec conviction, alors qu’il en soit ainsi.

Je me penchai vers lui et posai mes lèvres sur les siennes. Il eut un mouvement de recul, mais quand il se rendit compte de ce qui était en train de se passer, il se laissa faire et nous nous embrassâmes pour la première fois. Ce fut un doux baiser, plein de tendresse, qui cristallisait ce que nous ressentions l’un pour l’autre. Il dura une éternité, mais s’arrêta bien trop vite.

Nous nous reculâmes suffisamment pour pouvoir nous regarder dans les yeux. J’attrapai ses mains et les pris dans les miennes. Nous nous regardâmes au fond des yeux, nous communiquant notre amour, imprimant le visage l'un de l’autre dans notre esprit, sans avoir besoin de prononcer un mot.  Je crois qu’il ne fut jamais aussi beau qu’en ce jour. Nous restâmes ensemble jusqu’à ce que la sonnerie annonce la fin des cours.

Il brisa le silence qui suivit :

– Je dois prendre le bus. C’est l’anniversaire de Papa ce soir, et je ne peux pas être en retard.

Il se pencha et pressa ses lèvres contre les miennes. Je le serrai contre moi une dernière fois. Je sentis sa langue caresser mes lèvres, me chatouillant comme une plume. Puis il se leva d’un bond et partit en courant.

– Je t’appelle !

Il jeta un regard par-dessus son épaule et m’adressa un sourire en agitant la main. Je le suivis des yeux et le regardai s'éloigner.

J’étais sur un petit nuage.


Chapitre 2

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