Pour l'amour de Pete

Roman gay inédit

Chapitre 6

Papa relâcha son étreinte, me tenant par les épaules, et me regarda de nouveau dans les yeux. Il me serra une dernière fois contre lui, presque au point de me faire mal, puis se tourna vers ma mère, la prenant dans ses bras et l’embrassant.

Mes yeux cherchèrent Pete et sa mère, assis sur le sol du salon. Ils se tenaient les mains, et regardaient mes parents d’un air triste. Ils devaient ressentir un vide face à la perte de l’homme de leur vie, celle d’un père et d’un mari, ou peut-être qu’ils se demandaient pourquoi ils étaient restés aussi longtemps avec lui.

Je m’approchai d’eux et m’agenouillai. Mes yeux se remplirent de larmes soudaines, qui coulèrent sur mes joues. Ils me regardèrent avec une expression de curiosité et d’inquiétude.

– Je suis désolé. Je suis tellement désolé. 

Je ne pouvais pas parler davantage en raison de la boule que j’avais dans la gorge. Je voulais leur dire tellement de choses, mais je ne trouvais pas les mots. Ils étaient seuls à présent. Je me sentais coupable que mon père m’ait accepté, et que Joe ait rejeté Pete. Je me sentais coupable que Brenda ait reçu des coups et que je me sois enfui. Je me sentais triste pour eux, faisant de leur souffrance la mienne. Je me mis à pleurer de nouveau, sans pouvoir me contrôler.

– Viens ici, mon chéri. 

Brenda m’attira contre elle, et Pete se rapprocha de moi.

– Tu n’as pas à te sentir désolé. Tu as fait ce qu’il fallait, et tu as protégé mon fils, comme tu l’avais promis. Grâce à toi, j’ai pu me mettre en sécurité et faire ce que j’avais à faire. C’était la meilleure solution, vraiment. Tu n’as pas à t’en vouloir. Ce serait arrivé même si nous ne te connaissions pas. 

Pete me caressait la nuque, essayant de me détendre. Brenda passait ses doigts dans mes cheveux. Progressivement, j’arrivai à me relaxer, mes pleurs et mes sanglots devenant des larmes silencieuses, espacées de grandes respirations.

Ces personnes comptaient tellement pour moi à présent. J’avais du mal à croire que trois jours seulement s’étaient écoulés depuis mon rapprochement avec Pete. Ma vie avait été bouleversée en si peu de temps : j’avais trouvé l’âme sœur, mes parents n’étaient plus indifférents à mon égard, et ils allaient même jusqu’à m’aimer. Peut-être que c’était ma vie d’avant qui était à l’envers, et que tout avait repris sa place ?

Danny s’éclaircit la gorge.

– Je crois que je vais vous laisser à présent. J’ai mon rapport à rédiger, et je crois que vous n’avez plus besoin de moi.
– Merci, Danny.

Nous le dîmes tous en chœur. Pete et moi eûmes un petit rire.

Danny sourit.

– Je vous en prie, les amis. Appelez-moi si vous avez besoin de quoi que ce soit. Je vous préviendrai quand Joe sera libéré demain matin, pour que vous puissiez vider la maison. Et souviens-toi, Brenda, tu as rendez-vous avec la juge Saunders à la première heure demain pour fixer les mesures d’éloignement. Tu devrais venir avec Pete et Brian. Je vous retrouverai là-bas à 7h30. 

Brenda acquiesça. Danny nous souhaita une bonne nuit, sortit de la maison et regagna sa voiture.

Un silence pesant s’abattit sur la pièce. Je me levai pour récupérer le verre de Coca que j’avais laissé sur la table basse, et m’assis sur le canapé. Même si j’étais jeune et souple, le sol était quand même dur ! Pete m’imita, en aidant sa mère à se relever. Elle s’assit dans le fauteuil. Maman et Papa s’assirent sur le canapé en face de Pete et moi. Le silence resta intact, mettant tout le monde mal à l’aise.

Finalement, Maman mit ses mains sur les cuisses, se leva et dit :

– Je ferais bien de préparer la chambre d’amis pour toi, Brenda. 
– Laisse-moi t’aider. 

Elle se leva et suivit ma mère dans le couloir qui menait à la chambre d’amis.

– Où est Dawn ? Je pensais qu’elle avait invité Darlene à dormir. 
– Quand Joe est arrivé, nous les avons envoyées dans la chambre de Dawn, et quand Danny nous a rejoints, j’ai appelé les parents de Darlene pour leur demander si elles pouvaient dormir là-bas à cause de tout ce remue-ménage. Ils sont venus les chercher peu après, juste après vingt heures. 

Je ricanai amèrement.

– Elle devait bien s’amuser. 

Papa me regarda.

– Pourquoi dis-tu cela ? Tu crois qu’elle était heureuse de ne pas avoir de tes nouvelles ? Que tu pouvais t’être perdu ou avoir fugué ? Ou avoir été renversé par une voiture ? Elle t’aime, même si elle ne le montre pas autant que tu le voudrais. Elle ne s’en rend peut-être même pas compte elle-même. 

J’intégrai cette information, et finis par la rejeter. Elle ne pouvait pas m’aimer. Il suffisait de voir comment elle me traitait. Je fus quand même pris d’un doute.

– Papa, qu’allons-nous dire à Dawn au sujet de Pete et moi ? Elle va le crier sur tous les toits à la première occasion. 
– Mmmh. Laisse-moi y réfléchir. Elle ne rentre pas avant dimanche après-midi, de toute façon. J’ai demandé aux Sparkman de la garder chez eux jusqu’à ce que les choses se calment. Nous en reparlerons demain. Vous devez être lessivés, les garçons. Allez  vous coucher. Nous vous réveillerons à temps pour voir la juge Saunders. Et, les garçons… 

Nous levâmes les yeux.

– Je ne sais pas trop comment vous dire ça, donc je vais être direct. Essayez d’être discrets. Ne faites rien qui pourrait mettre les gens mal à l’aise. Je crois que ce que j’essaie de vous dire est… Oh, zut. Vous comprenez, les gars ? 

Il était visiblement embarrassé d’aborder ce sujet avec nous.

– Oui, je comprends. Et ne t’inquiète pas. Nous n’en avons même pas encore discuté. 

J’étais en train de dire à mon père que mon petit ami et moi ne couchions pas ensemble. Pas encore, en tout cas.

– Je suppose que je vais devoir mettre un verrou sur ta porte, maintenant, non ? Ce serait gênant si Dawn débarquait sans prévenir. 

Il fit un sourire en coin. Pete sourit en retour.

– Au moins, ça lui apprendrait à frapper ! 

Cela fit rire Papa, qui se leva et nous ébouriffa les cheveux.

– Bonne nuit, les garçons. Dormez bien, dit-il en montant les escaliers vers sa chambre. 
– Papa ? 

Il s’arrêta et regarda par-dessus son épaule.

– Merci de me comprendre. Je t’aime.
– Je suis là pour toi, Bri. Et pour toi aussi, Pete. Je suis là si vous avez besoin de moi. 
– Merci, M. Kellam. Cela veut dire beaucoup pour moi. 

Papa sourit et poursuivit son ascension.

– Allez, Pete. Nous avons eu une longue journée. Allons nous coucher. 

Cette phrase eu un effet immédiat sur Pete, qui bailla si fort que j’entendis craquer sa mâchoire.

Maman avait étendu un sac de couchage sur le sol de ma chambre, comme elle le faisait toujours quand Pete venait dormir à la maison. Nous nous mîmes en caleçon, et je montai dans mon lit alors que Pete se glissait dans le sac de couchage. Je devais être plus fatigué que je ne pensais, car je m’endormis sur le champ, sans même bouquiner !

Je me réveillai en sursaut, mon cœur battant à tout rompre. Un cauchemar. Joe m’avait attrapé par le col de mon blouson comme le soir précédent, mais cette fois-ci, je ne m’échappais pas. Tout ce dont je me souviens, c’est qu’il voulait me faire du mal, et que Pete lui hurlait d’arrêter.

– Non, Papa, s’il te plait, non ! 

Pete donnait des coups de pied dans le sac de couchage, comme s’il se battait contre une forme invisible. Il hurla « NON ! » et se redressa brusquement, respirant fort et regardant autour de lui d’un air paniqué. Je bondis hors de mon lit et fus près de lui en un éclair. Je mis mes bras autour de lui et le berçai doucement.

– Ce n’était qu’un rêve. 

Je répétai ces mots comme un mantra, essayant d’atténuer sa terreur avec ma voix. Il tremblait comme une feuille, fixant le mur avec des yeux écarquillés. Il se calma lentement alors que je lui chuchotais à l’oreille que tout allait bien et que j’étais là pour lui.

– Mon père m’a abandonné, dit simplement Pete. Il me déteste, et ne veut plus de moi. Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? 

Des larmes se formaient dans ses yeux et sa voix était étranglée par l’émotion.

– Pourquoi ? Je ne peux pas changer ce que je suis ! Pourquoi est-ce qu’il ne peut pas le comprendre ? 

Sa voix se brisa et il s’effondra en pleurs. Je le serrai fort contre moi, et lui murmurai que tout allait s’arranger, que nous étions ensemble.

La porte s’ouvrit et Brenda entra précipitamment. Elle avait dû entendre les cris de Pete.

– Laisse- moi le consoler, Brian. 

Je le relâchai à regret. La réponse ne se fit pas attendre.

– NE ME LAISSE PAS, BRIAN ! 

Ses sanglots reprirent avec une nouvelle intensité, et il s’agrippa à moi. Brenda le fixa, d’abord choquée, puis blessée, et enfin compréhensive.

– Tu sais où me trouver si tu as besoin de moi, Brian. 

Elle poussa un profond soupir, se leva et retourna se coucher, fermant la porte doucement derrière elle.

Pete et moi ne parvînmes pas à nous rendormir. Nous parlâmes de son père et de ce qui s’était passé, de sa mère et de la façon dont elle faisait face à la situation, de mes parents et de leur réaction. Nous parlâmes des temps anciens et des temps à venir. Nous rîmes, nous pleurâmes, et nous nous blottîmes l’un contre l’autre en réalisant tout ce qui s’était passé pendant les dernières vingt-quatre heures.

– Bri ?
– Oui ? 
– Pourquoi es-tu toujours avec moi ?
– Qu’est-ce que tu veux dire par là ? 
– Je ne fais que causer des ennuis à tout le monde. Mon père veut me tuer. Je ne fais rien comme il faut. Qu’est-ce que je peux t’apporter à part de la souffrance ?

Je le relâchai et m’agenouillai devant lui pour que nous soyons nez à nez. Je mis mes mains sur ses épaules et le regardai droit dans les yeux.

– Réglons cette question une bonne fois pour toutes, Peter Daniel Jameson. Si je ne voulais pas de toi, est-ce que tu crois vraiment que je serais resté avec toi quand tu m’as dit ce que tu ressentais pour moi, ou chez toi hier soir sachant que j’allais peut-être me faire tuer avec toi ? Tu m’as dit que tu étais gay. Je me suis rendu compte que j’étais amoureux de toi. Ta mère a décidé de le dire à ton père, et je lui en veux un peu pour ça, mais elle l’a fait. Et tu en as payé le prix. Elle aussi, je suppose. 

Je digressais, et j’avais besoin de revenir au sujet.

– Pete, je t’aime. Tu comprends ce que ça veut dire ? Je ne te laisserai jamais tomber. Tu pourrais me dire que tu me détestes, je t’aimerais quand même. Tu pourrais me dire que tu ne veux plus jamais me voir, et je partirais. Mais je t’aimerais toujours, et je serais là si tu avais besoin de moi. La seule façon de te débarrasser de moi serait que je meure. Voilà ce que tu représentes pour moi. Alors peu importe si ton père est un enfoiré, si tu fais les choses à ta façon, ou si tu te plantes de temps en temps. Personne n’est parfait, et nous ne sommes encore que des adolescents, après tout. Nous avons le droit à l’erreur. C’est comme ça que nous apprenons à devenir des adultes. Mais même si je ne suis encore qu’un adolescent, je sais que je t’aime plus que je ne m’aime moi-même. J’étais prêt à mourir pour toi hier. Je crois que tu en vaux la peine. Tu m’as appris tellement de choses ces derniers jours que je crois que je ne serai plus jamais la poule mouillée que j’étais avant. Tu as tant à donner, et j’aimerais te donner la même chose en retour. Est-ce que tu me comprends ? 

Il me regarda fixement, et je vis un peu de soulagement dans son regard chargé de larmes.  

– Ce que je ne comprends pas, Pete, c’est pourquoi tu m’aimes. Tu l’as bien dit, non ? Je n’ai pas rêvé ? 

Il renifla et hocha la tête.

– D’accord. Alors je vais te poser la même question. Pourquoi est-ce que tu veux être avec moi ? 

Je m’assis en arrière, attendant sa réponse.

Il ne répondit pas tout de suite, baissant les yeux. Il garda le silence si longtemps qu’il me rendit nerveux.

– Quand je t’ai rencontré la première fois, j’ai pensé que tu étais un faible. Je voyais Brent et sa bande s’en prendre à toi, et j’ai même trouvé ça amusant au début. 

Je le regardai d’un air choqué, ne croyant pas ce que j’entendais. Il le vit dans mes yeux.

– C’était au début. Mais au bout d’un moment, je les ai vus tels qu’ils étaient, et j’ai commencé à me rendre compte qu’ils n’étaient pas aussi cools que je croyais. Ils s’en prenaient à toi parce qu’ils avaient l’impression d’être les caïds du collège, ou quelque chose comme ça. Je crois qu’ils sont jaloux de toi, Brian. Ils te détestent parce que tu es intelligent, et qu’ils sont stupides. Bref, par la suite, j’ai commencé à observer la façon dont tu réagissais, comment tu encaissais les coups, sans jamais répliquer. Même s’ils te frappaient, tu ne courais pas les dénoncer auprès des profs et tu ne pleurais pas. Tu les regardais en face, en les provoquant davantage. 

D’ordinaire, je pissais dans mon froc, et les profs ne servaient à rien. Ils auraient simplement demandé à Brent de me laisser tranquille si j’étais allé les voir, et il se serait vengé.

– Tu ne lâches rien, Bri. Tu as une force intérieure que j’admire, une force que j’aimerais avoir. Si je l’avais eue, j’aurais tenu tête à mon père, et je lui aurais dit d’aller se faire voir. Si j’avais ta force, je n’irais pas en cours en ayant peur que quelqu’un découvre la vérité sur moi. Sur nous. 

Il se recula et se gratta la tête d’un air pensif.

– Et surtout, je t’aime parce que je le ressens au fond de moi. Tu es mignon, tu as de l’humour, tu es intelligent et tu n’en as pas honte. Tu es plus sûr de toi que toutes les personnes autour de moi. Et tout ça fait de toi un garçon particulièrement attirant ! 

Il me souriait à présent, voyant que je rougissais. Je ne savais pas quoi dire. Sûr de moi ? Certainement pas.

– Je t’aime, Brian. Je veux être avec toi pour toujours. 

Sur ce, il me sauta dessus pour m’embrasser si fort que j’en eus le souffle coupé.

Quand ce fut terminé, nous nous endormîmes doucement, ma tête posée sur son torse. Les derniers sons que j’entendis furent la respiration de Pete et les battements réguliers de son cœur.


Le temps était frais et dégagé, le lendemain matin, comme c’était le cas à cette époque de l’année. J’avais oublié de fermer les volets, et dès que le soleil eut franchi les collines avoisinantes, il nous inonda le visage de lumière, nous tirant du sommeil profond que nous avions fini par trouver. Cela voulait dire qu’il était environ six heures. Mon père devait être en train de prendre son café matinal, et ma mère devait probablement se trouver encore au lit.

Pete commença à remuer à côté de moi, et c’est alors que je réalisai qu’il avait enroulé ses jambes autour des miennes, et que nous étions enchevêtrés. Je me rendis compte également que j’étais plus qu’excité par sa présence. Je me sentis embarrassé, et décidai de me lever. Malheureusement, Pete enroula son bras autour de ma taille pendant que je me levais, me retenant avec lui. Il me fit m’allonger de nouveau, et roula sur le côté pour placer sa tête sur mon torse. Il me prit au piège avec mon érection matinale plus raide que jamais, formant une bosse dans mon caleçon visible à tous ceux qui ouvriraient la porte.

Evidemment, on frappa à la porte quelques instants plus tard.

– Pete ? 

C’était Brenda.

– Pete, mon chéri, il est temps de se lever. Vous êtes réveillés là-dedans, les garçons ? 

J’entendis sa main sur la poignée, et je me séparai de Pete si vite que sa tête retomba d’un coup sur le matelas. Le temps que la porte s’ouvre, j’étais déjà debout, dos à Brenda, en train d’enfiler un short. Pete regarda dans ma direction et eut un sourire narquois, comprenant mon départ précipité à défaut de l’apprécier.

– Oui, Maman, nous sommes levés. Et la prochaine fois, attends notre réponse avant d’ouvrir la porte, d’accord ? 

Elle eut la délicatesse de prendre un air gêné. Elle n’était même pas chez elle.

– Je suis désolée, les garçons. J’essaierai de m’en souvenir. Mais vous ne devriez pas faire ces choses-là, de toute façon. 

Je me retournai, prêt à lui rentrer dedans, mais elle avait déjà quitté la pièce, laissant la porte grande ouverte. Avec une réplique cinglante sur le bout des lèvres, je fermai la porte plus fort qu’il n’était strictement nécessaire. Pour qui se prenait-elle, exactement ?

– Comme si nous faisions ces choses-là. Et même si c’était le cas, ça ne la regarderait pas. Ni mes parents, d’ailleurs. Je déteste quand elle fait ça, Pete. 
– Oui, moi aussi. Mais c’est ma mère. Je dois y être habitué.
– Moi, je ne m’y ferai jamais, dis-je vivement. La prochaine fois, je lui dirai quelque chose.
– Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, Brian. Elle pourrait nous empêcher de nous voir si elle pense que tu as une mauvaise influence sur moi, dit-il en riant.

Mais je n’étais pas d’humeur à plaisanter.

– Il faudra d’abord qu’elle me passe dessus. Personne ne va nous séparer. Ni mes parents, ni ma mère, ni ton père. Et nous avons le droit d’avoir notre intimité. J’espère que mon père va poser ce verrou rapidement. 
– Les garçons ! Dépêchez-vous ! 

C’était Papa, maintenant. Pete finit par sortir du sac de couchage, et je remarquai qu’il avait une belle protubérance dans son caleçon aussi.

– Alors tu m’aimes VRAIMENT, lui dis-je avec un sourire, regardant son entrejambe.

Comprenant mon allusion, il devint tout rouge et se retourna brusquement. Je ris alors qu’il fouillait pour retrouver le short que je lui avais prêté, et qu’il se glissait dedans.

– Allez, les garçons ! 
– On arrive ! Mince, laissez-nous souffler cinq minutes !

Nous descendîmes en hâte dans la salle à manger, où nous retrouvâmes les autres, qui se servaient en œufs brouillés et en pommes de terre. Nous prîmes des portions généreuses et vidâmes les plats presque à nous deux. La conversation porta sur les projets de la matinée : le tribunal, puis le déménagement de Pete et de sa mère.

Malgré notre arrivée tardive et notre appétit féroce, nous fûmes les premiers à sortir de table. Maman nous ordonna de mettre nos assiettes dans le lave-vaisselle, et de prendre notre douche ensuite, séparément. Ça y est, ça recommençait.

Juste parce que nous étions en couple, tout le monde s’imaginait que nous couchions ensemble. Comme s’ils pouvaient nous en empêcher si nous en avions vraiment envie ? Il nous suffirait de nous cacher dans la cabane au milieu des bois. Cela ne les regardait tout simplement pas. J’étais déjà énervé, alors que cela ne faisait que deux jours que nous étions officiellement un couple. Je n’étais même pas sûr d’être prêt à avoir des relations sexuelles. Ne vous méprenez pas. L’idée de faire l’amour avec Pete m’excitait terriblement. Mais je voulais que notre relation mûrisse naturellement pour en arriver là, et que ce soit un moment inoubliable. Je ne voulais pas tout gâcher juste pour satisfaire mes hormones.

Pete fut le premier à la douche. Je retournai dans ma chambre pour préparer les vêtements que j’allais porter ce jour-là. Un jean, un T-shirt, des chaussettes, un caleçon et des baskets. Comme d’habitude.

Pete entra dans la chambre pour s’habiller, et je partis prendre ma douche. En général, j’aime bien m’attarder sous la douche, que je prends brûlante, en laissant couler l’eau sur mon corps pour me réveiller. Mais cette fois-ci, ce fut impossible. Pete avait dû utiliser toute l’eau chaude, et je poussai un cri de protestation quand l’eau devint glaciale alors que j’étais en train de me faire un shampooing. Je ne perdis pas de temps à me rincer la tête, essayant de rester à l’écart du jet d’eau glacée qui sortait du pommeau de douche, sans grand succès. Après avoir résisté aussi longtemps que je pouvais, je sortis de la douche et fermai le robinet du dehors, pour ne pas m’exposer à cette torture plus longtemps. J’allais le tuer.

Je me séchai vigoureusement avec la serviette, et ma peau passa progressivement du bleu au rose alors que je me réchauffais. Pendant ce temps, j’échafaudais les différentes formes de représailles que j’allais pouvoir exercer sur Pete. Après avoir enfilé mon caleçon, j’enroulai ma serviette autour de la taille, et me dirigeai vers ma chambre pour m’habiller. Pete était déjà habillé et allongé sur mon lit, les jambes au-dessus du bord, remuant les pieds. Il  se redressa quand j’entrai et me regarda d’un air inquisiteur. Fermant la porte derrière moi, je laissai tomber ma serviette, mis les mains sur mes hanches et tournai sur moi-même, pour qu’il puisse m’admirer.

– Est-ce que je suis reçu à l’examen ?

Il fit la moue, préparant sa réponse.

– Je suppose que oui, même si tu pourrais être un peu plus bronzé. 

Il sourit alors que je lui décochais un coup de poing, le manquant volontairement.

– Habille-toi. Nous sommes en retard, et je veux en finir avec tout ça. 

J’acquiesçai, et mis rapidement mon jean et mon T-shirt. Je fus prêt en deux minutes, le temps de mettre mes chaussettes et d’attacher mes lacets.

Quand nous entrâmes dans le salon, tout le monde était prêt à partir. Maman et Papa étaient habillés de façon décontractée, tout comme Brenda. Ils tutoyaient tous la juge Saunders, son mari ayant été mon entraîneur de base-ball quelques années plus tôt. Il était mort l’année précédente d’une crise cardiaque à l’âge de cinquante-cinq ans.

Nous nous entassâmes dans le vieux Ford Bronco que conduisait mon père et arrivâmes au tribunal avec dix minutes d’avance. Pete et moi étions sur le siège arrière avec Brenda. Elle s’était volontairement assise entre nous. Ceci allait être une épreuve pour elle, je m’en doutais. Pete ne semblait pas s’en apercevoir, et je ne pouvais pas lui en vouloir. Il était déjà assez préoccupé. Peut-être qu’il ne reverrait plus jamais son père. Je ne savais pas trop comment l’aider non plus. Je voulais le tenir, lui dire que j’étais là, mais je n’étais pas sûr qu’il attendait cela de ma part. Et avec Brenda et mes parents, nous allions avoir du mal à nous retrouver seuls de nouveau.

Alors que nous entrions par la porte principale et que nous montions l’escalier vers le bureau de la juge Saunders, je commençai à avoir le trac. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. La juge nous accueillit au sommet de l’escalier et nous invita à entrer dans son bureau. J’avais déjà rencontré Gloria Saunders à de multiples reprises, mais cette fois-ci, elle avait une expression solennelle.

Nous n’étions pas seuls dans son cabinet : une sténographe était assise dans un coin, et Danny, en uniforme, se tenait à côté d’elle. Avec nous cinq et la juge, le bureau spacieux semblait presque exigu.

Gloria avait la cinquantaine. Elle avait des cheveux bruns et courts coiffés d’une façon moderne. C’était une femme élégante, qui était restée belle, mais dont le visage creusé de rides trahissait les responsabilités liées à sa fonction. Elle portait un tailleur bleu sous sa robe de magistrat, et des lunettes cerclées d’acier qui pendaient au bout d’une chaîne qu’elle portait autour du cou.

– Ceci est une audience informelle, mais elle sera quand même consignée dans le registre. Tout le monde est prêt ? 

Ne voyant pas d’opposition, elle poursuivit.

– Alors commençons. Affaire familiale numéro 972043, Brenda Day Jameson contre Joseph Mitchell Jameson. Mme Jameson demande une mesure d’éloignement à l’encontre de M. Jameson, lui ordonnant de rester à la distance d’au moins cent mètres du plaignant, son fils, Peter Daniel Jameson. Est-ce que cette déclaration correspond à votre requête ? Merci de donner votre nom en répondant. 
– Brenda Day Jameson. Oui, votre honneur. Cette déclaration correspond bien à ma requête.
– Toutes les personnes qui se portent témoins dans cette affaire, veuillez citer vos noms pour le registre. 

Un par un, nous donnâmes notre nom, et la sténographe consigna consciencieusement nos paroles.

– Mme Jameson, veuillez décrire les faits tels qu’ils se sont déroulés hier soir.

Brenda raconta son histoire encore une fois, et je cherchai de nouveau une réaction sur le visage de mes parents quand elle évoqua le moment où Pete lui avait dit qu’il était gay. Je vis Papa serrer la mâchoire brièvement, mais il relâcha ses muscles avant de secouer la tête légèrement. Brenda termina son récit et la juge enchaîna rapidement.

– M. Jameson, veuillez citer votre nom et décrire ce qui s’est passé hier soir.
– Mon nom est Pete, euh, Peter Daniel Jameson. 

Pete poursuivit, détaillant notre attente dans la salle de jeux, la vaisselle brisée, et Joe qui criait sur Brenda. Il parla aussi de notre fuite, mais ne précisa pas que j’avais failli être attrapé. Alors qu’il évoquait le temps que nous avions passé dans la cabane et la pénible randonnée vers la maison, mon esprit se mit à divaguer, et je pensai à la réaction de mes parents par rapport à mon coming-out.

Ils n’avaient pas du tout réagi comme je pensais qu’ils le feraient. Enfin, Papa s’était enfui, mais il était revenu, et m’avait rassuré. Mon père me soutenait toujours. Et rien ne semblait troubler ma mère. Cela, au moins, je pouvais le comprendre, c’était comme d’habitude. Mais j’avais toujours ce doute dans mon esprit, ce sentiment de malaise au fond de moi, comme si quelque chose allait me tomber sur le coin de la figure.

– Brian ? 

Je sortis brusquement de ma rêverie en entendant prononcer mon nom.

– Je suis désolé, j’avais la tête ailleurs.

La juge Saunders me sourit avec indulgence, et me demanda de citer mon nom avant de donner ma version, ce que je fis. Je livrai mon récit sans embellir ni exagérer les faits. Je parlai de la peur que j’avais ressentie lorsque j’avais entendu les assiettes se casser, de la terreur que j’avais éprouvée quand Joe avait dit qu’il allait nous tuer et qu’il avait agrippé mon col dans ma fuite. Finalement, je racontai notre approche de la maison et la rencontre avec Danny.

Mes parents parlèrent de l’arrivée de Joe et de ses propos insultants, de son penchant pour la violence, de son agression sur mon père (je ne savais pas que Joe avait essayé de s’en prendre à mon père parce que j’avais fait de son fils un gay, selon lui). Ils décrivirent aussi l’arrivée de la police, l’arrestation de Joe et notre retour. 

Danny donna le rapport de police qu’il avait écrit sur Joe, et déclara qu’il était poursuivi pour violences conjugales, coups et blessures, refus d’obtempérer, conduite en état d’ivresse, ivresse sur la voie publique, et agression sur une personne détentrice de l’autorité publique. Une belle liste d’accusations, me dis-je en mon for intérieur.

J’observais Pete pendant que les charges étaient énumérées, et je vis son visage pâlir au fur et à mesure. Il aimait toujours son père, c’était évident. Malgré tout ce qu’il avait subi. Et peut-être que d’une certaine façon, il sentait que les agissements de son père lui faisaient du tort. Je voulais le serrer dans mes bras, mais ce n’était ni l’endroit, ni le moment.

Nous ayant tous entendus, la juge Saunders, qui était restée impassible pendant les témoignages, ne mit pas longtemps à délibérer.

– Votre demande est accordée. La mesure d’éloignement à l’encontre de M. Jameson est prononcée à compter de maintenant. La cour ordonne que M. Jameson reste à une distance de cent mètres de Mme Brenda Day Jameson, de son fils Peter Daniel Jameson, de M. Benjamin Keith Kellam, de Mme Lisa Irène Kellam, et de leurs enfants, Brian Andrew Kellam et Dawn Chelsie Kellam. Le prévenu n’est pas autorisé à contacter les personnes susnommées, que ce soit physiquement ou par tout moyen de communication. De surcroît, ordre lui est donné de rester à une distance de cent mètres des établissements scolaires fréquentés par les enfants. Ceci est ma décision. Officier Trask, vous veillerez à ce que M. Jameson en soit informé. La session est close. 

La sténographe tapa les derniers mots, et fut raccompagnée par Danny, qui ferma la porte derrière elle.

– C’est vraiment dommage, Brenda. Je suis désolée que vous en soyez arrivés là.
– Je sais, Gloria. Mais c’est pour le mieux. Au moins, Pete sera en sécurité désormais. 
– En effet. Les garçons, pourriez-vous attendre dehors pendant un moment ? Je voudrais parler à vos parents en privé, si vous le permettez. 

Pete et moi échangeâmes un regard, haussâmes les épaules et nous levâmes sans un mot. J’ouvris la porte, laissai sortir Pete, et la refermai silencieusement derrière nous.

– Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça nous concerne aussi.
– Ils pensent que nous sommes trop jeunes pour décider de notre avenir. 

Pete passa la main dans ses cheveux (j’adorais quand il faisait cela) et laissa échapper un long soupir.

– Je ne sais pas si je vais tenir le coup, Bri. J’ai si peur. Qu’allons-nous devenir ? Maman doit trouver du travail, et nous devons trouver un endroit pour vivre. Je ne suis même pas sûr que nous pourrons continuer à nous voir. Toute cette pression commence à me peser, et je ne sais pas comment je réagirais s’ils essayaient de nous séparer. 

Je jetai un coup d’œil aux alentours et voyant que nous étions seuls, je lui donnai un baiser rapide sur la bouche. Je me risquai à le serrer contre moi, en me disant que les gens qui nous verraient penseraient simplement que je réconfortais un ami.

 – Ne t’inquiète pas, Pete. N’oublie pas que nous sommes ensemble. Nous ne les laisserons pas nous séparer, même si je dois emménager chez toi, ou toi chez moi. Quant au reste, laisse ta mère s’en occuper. Tu ne peux pas prendre toutes les responsabilités sur tes seules épaules. 

Une greffière apparut au bout du couloir, et Pete essaya de se dégager de mon étreinte. Je le serrai fermement contre moi, et il arrêta de remuer. En passant devant nous, la greffière nous adressa un sourire amical.

– Tout va bien, les garçons ? 

Elle devait avoir vingt-cinq ans et elle était resplendissante avec ses longs cheveux roux flamboyants. Elle portait un tailleur, mais gardait une apparence décontractée.

– Ça va, merci. Nous avons eu une rude journée. 

Elle hocha la tête d’un air compréhensif.

– Je serai de retour à mon bureau dans cinq minutes. Il est au fond à gauche. Passez me voir si vous avez besoin de quelque chose pendant que vous attendez, d’accord ?
– Merci, Madame. 
– Je m’appelle Bridget. Si je ne suis pas là, faites-moi appeler. Je reviendrai aussitôt.
– Merci.
– Pas de problème. 

Souriant de nouveau, elle reprit son chemin. Nous nous assîmes, toujours enlacés, et attendîmes un long moment, au moins une heure. Plusieurs personnes passèrent devant nous, dont un homme qui nous jeta un regard méprisant. Je le fixai jusqu’à ce qu’il détourne les yeux. Pete n’essayait même pas de se dégager quand les gens passaient devant nous. Une petite victoire, pensai-je.

La matinée s’étira interminablement. Des heures s’écoulèrent. Qu’est-ce qui pouvait leur prendre aussi longtemps ? Nous devions toujours aller récupérer les affaires de Pete chez lui. Et Joe allait être relâché dans l’après-midi.

A environ onze heures, Danny sortit du bureau. Nous n’étions plus enlacés à ce moment-là, mais je ne pense pas qu’il aurait été gêné. Il avait l’air fatigué et soucieux. Il nous regarda pendant un moment, pesant le pour et le contre. Je crois qu’il s’interrogeait sur notre niveau de maturité, à la lumière de ce qui s’était passé pendant les dernières vingt-quatre heures.

– Je reviens dans une seconde. Ne bougez pas. 

Comme si nous allions nous aventurer dans la rue et nous faire écraser ! Il se rendit aux toilettes, et revint moins de cinq minutes plus tard. Il s’assit à côté de Pete.

– Danny, que se passe-t-il ? Pourquoi est-ce aussi long ? Je pensais que tout était réglé.
– J’ai bien peur que non. La juge règle les aspects pratiques avec vos parents, notamment votre relogement et les questions financières. Cela risque de prendre encore du temps, et je dois y aller. Vous avez mon numéro de portable si vous avez besoin de moi. N’oubliez pas que je sais ce que vous vivez, et que je suis déjà passé par là. Appelez-moi si vous avez besoin de parler, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Je suis sérieux. 

Nous ne devions pas avoir l’air convaincus. J’acquiesçai de nouveau en y mettant plus de conviction, pour qu’il sache que je l’appellerais en cas de besoin.

Danny se leva et ébouriffa mes cheveux, puis descendit l’escalier en direction du poste de police.

Midi passa à ma montre. Nous commencions à avoir faim, étant de véritables ventres sur pattes. Ne voyant pas nos parents sortir du bureau, nous empruntâmes le couloir pour aller voir Bridget. Son bureau se trouvait dans une grande pièce organisée en open space. Son box était en face de la porte, mais elle n’était pas à son poste. Regardant autour de moi, je ne la vis nulle part. J’interrogerai la personne dans le box voisin, qui me dit qu’elle serait de retour dans une minute.

Pete et moi attendîmes Bridget dans le hall, et elle arriva peu après.

– Eh, les garçons, quoi de neuf ? Vous attendez toujours, hein ?

Pete acquiesça.

– C’est l’heure du déjeuner, et nous avons faim. Est-ce que nous pouvons trouver quelque chose à manger dans le coin ?
– Bien sûr. Entrez une seconde. 

Nous la suivîmes dans son box, et elle sortit une feuille de papier. Elle la signa et la remit à Pete.

– Allez à la cafétéria au premier étage. Vous savez où elle se trouve ? Donnez ceci à la caissière au moment de payer, et ce sera tout. Le repas est offert par la maison !
– Waouh. Merci, Bridget ! Vous nous sauvez la vie ! 
– Pas de problème, les garçons. Essayez de manger quelque chose d’équilibré, d’accord ? dit-elle en souriant.

Avec un « D’accord » faussement dépité, nous ressortîmes du bureau, sous les rires de Bridget.

Nous trouvâmes la cafétéria sans difficulté. Comme c’était l’heure du déjeuner, nous nous contentâmes de suivre le bruit des voix et des couverts qui s’entrechoquaient. Le choix du repas fut vite fait. Je pris un sandwich de dinde, des frites et un Coca, et Pete un cheeseburger, des frites, avec un Coca également. Nous nous assîmes à une table dans un coin et observâmes les allées et venues des gens en mangeant. Le bruit rendait toute conversation impossible, à moins de hausser le ton. Nous finîmes notre repas rapidement, mais nous nous attardâmes un peu, comme personne ne nous demandait de libérer la table. Le volume sonore diminua vers treize heures, suffisamment pour que nous puissions discuter normalement de nouveau. Je m’assis sur la chaise à côté de Pete et nous nous rapprochâmes pour parler à voix basse.

– Tu crois qu’ils auront bientôt fini ?
– J‘espère. Je m’ennuie ici. Et je dois toujours aller récupérer mes affaires. J’espère que Papa n’a rien jeté à la poubelle. 

Je pensai à la photo déchirée dans la salle du bas.

– C’est vraiment bizarre. J’ai l’impression de vivre un mauvais rêve.
– Je comprends. J’ai le même sentiment. Les parents ne sont pas censés se comporter de cette façon. Ils sont censés nous servir de modèles. Je crois qu’ils sont comme tout le monde, finalement. 

Je sentis une main se poser sur mon épaule et je sursautai, faisant un bond d’un mètre en l’air. Papa était penché au-dessus de moi, et me souriait.

– Tu as eu peur ?
– Ne me fais plus jamais ça ! J’ai failli avoir une crise cardiaque !
– Oui, moi aussi ! 

Papa se contenta de rire tout bas et nous fit signe de le suivre.

– Nous avons fini ici pour aujourd’hui. Nous devons aider Pete et sa mère à récupérer leurs affaires. De plus, je commence à avoir faim. Je vois que vous avez déjà mangé un morceau, mais je suis sûr que vous pourrez encore manger quelque chose, avec votre appétit d’ogre !

Alors que nous descendions l’escalier principal, Maman et Brenda nous rejoignirent. Elles avaient toutes les deux l’air épuisé, et auraient certainement eu besoin de repos. Mais nous avions des choses à faire.

Nous nous entassâmes dans le Ford Bronco, et j’insistai pour m’asseoir à côté de Pete cette fois-ci, lui laissant la place du milieu. J’observai Brenda pour voir si elle allait réagir, mais ce ne fut pas le cas. Elle devait avoir l’esprit ailleurs.

Le trajet vers la maison de Pete fut parcouru dans un silence couvert uniquement par le bruit du moteur. A première vue, la maison avait son apparence habituelle. Papa arrêta la voiture devant l’entrée et nous laissa descendre, Pete et moi. Brenda resta à bord.

– Je vais chercher le pick-up derrière la maison pour que nous puissions le charger. Vous deux, allez faire vos valises. Ne prenez que le strict nécessaire, comme des vêtements. Vous me montrerez ce que vous avez pris en revenant. Vous avez vos clés ?
– Oui. A tout à l’heure. 

La voiture s’éloigna, nous laissant seuls, Pete et moi, devant la maison vide.

– Tu te sens bien, Pete ?
– Ça va aller. Finissons-en.

C’était une journée magnifique. Le soleil brillait haut dans le ciel bleu entre les cimes des arbres. Des oiseaux voletaient de branche en branche, leur chant remplissant le silence. Les plates-bandes devant la maison, couvertes de fleurs aux couleurs vives, contrastaient avec la pelouse d’un vert resplendissant. Il était difficile de s’imaginer que les événements de la veille s’étaient produits dans un aussi bel endroit.

Pete mit délicatement la clé dans la serrure et la tourna après une hésitation. Quand il ouvrit la porte, je vis des morceaux de vaisselle cassée dispersés autour de l’entrée de la cuisine. Le salon était intact, ainsi que le couloir menant aux chambres de l’autre côté.

Je mis mon bras autour des épaules de Pete alors que nous avancions dans le couloir. Nous discutions des dégâts que Joe avait causés dans la cuisine quand nous tournâmes pour entrer dans sa chambre. Ce que nous vîmes nous stoppa net dans notre élan. La porte avait été arrachée de ses gonds et se trouvait en travers de la fenêtre ouverte. C’était la seule chose reconnaissable dans la pièce, avec le lit.

Nous étions entrés en enfer.


Chapitre 7

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